C’est la guerre. Et pas une de ces petites escarmouches idéologiques auxquelles nous ont habitués nos sociétés surchauffées, mais une guerre d’ampleur mondiale, économique, administrative, kafkaïenne. Oui, Donald Trump a trouvé son nouveau terrain de jeu : la taxation tous azimuts. C’est à croire que le protectionnisme lui est monté à la tête comme un whisky frelaté dans un country club du Nebraska. Fini les jérémiades sur l’Ukraine ou la paix mondiale : place au bazooka fiscal.
En arrivant à la Maison Blanche, il avait un mot à la bouche : la paix. Résultat ? Une guerre pour tous, version Excel.
Car oui, le chef autoproclamé de la liberté mondiale vient de déclarer une guerre économique… au monde entier. Europe, Asie, Amérique latine : tous logés à la même enseigne, celle d’une Amérique qui, humiliée par les délocalisations et la mondialisation, entend se refaire une santé sur le dos des autres. « On va engranger des milliards », claironne Trump, comme un maquignon en campagne qui vendrait de la prospérité en baril de 200 litres. Le tout pour rembourser une dette abyssale de 30 000 milliards. Ce n’est plus une politique économique, c’est un pari de casino.
Le plus admirable — ou le plus absurde — réside dans la méthode de calcul : un délire mathématique aux allures de charade, où l’on divise, par gentillesse, avant de multiplier. Une sorte de sudoku néolibéral dont le but est clair : imposer, punir, pressurer. L’Europe, elle, écope d’un joli 20 %, et une sentence digne d’un bistro raciste : « L’Europe a été créée pour baiser les États-Unis ». Voilà qui nous change des déclarations sur les droits de l’homme.
Taxer le monde entier pour la prospérité de l’Amérique : c’est le crédo de Donald Trump. L’économie version bulldozer.
Mais ne nous y trompons pas : derrière le discours du redressement national se cache un vieux fantasme américain — celui d’un monde à genoux devant son drapeau étoilé. Et tant pis pour les conséquences. Hausse des prix sur le textile, l’alimentation, les smartphones. Fini les iPhones à 800 dollars : la nouvelle Amérique heureuse les achètera 1 200, et avec le sourire, please. Tout cela pour que « les amis » (comprendre : les multinationales) reviennent. Et puis le peuple, lui, sera « très heureux », promet Trump, comme un hypnotiseur de foire.
Emmanuel Macron, fidèle à son style de gendre républicain en colère, a dénoncé une décision « brutale et infondée » et appelé à l’unité européenne. Comme toujours, la réponse viendra à la mi-avril… ou pas. L’Europe, ce monstre technocratique qui décide de la taille des concombres, aura-t-elle les tripes de riposter ? Rien n’est moins sûr. Entre les pays qui espèrent un retour de la pax americana après Trump, et ceux qui y voient une opportunité pour une intégration plus poussée, le Vieux Continent est fidèle à lui-même : désuni.
Et pendant ce temps-là, les vrais vainqueurs s’installent en coulisses. À Washington, les lobbyistes se frottent les mains. Négocier une exemption, c’est comme commander un cocktail : il suffit de connaître le bon serveur. L’arbitraire, en politique, fait toujours des heureux. Le patriotisme économique de Trump est donc aussi une aubaine pour ceux qui maîtrisent les codes — pas ceux qui triment.
Désormais, le patriotisme fiscal se monnaie, et les lobbyistes de Washington tiennent la caisse enregistreuse.
Soyons clairs : cette guerre ne fait aucun mort sur le champ de bataille. Elle n’embrase aucune frontière. Mais elle tue lentement les fondements mêmes de la mondialisation, cette religion molle des années 1990. Elle ruine la confiance, détruit les règles, et transforme le commerce international en jeu de massacre. Ce n’est pas du populisme économique, c’est du chaos algorithmique. Et pour ceux qui croyaient encore à l’ordre mondial, Trump vient de leur rappeler qu’on ne joue pas à égalité quand on tient la planche à billets.
