La gauche au pied du mur de la Fête de la musique

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On a cru rêver. La Fête de la musique — ce moment de l’année où même les sopranos les plus faux ont le droit de chanter — est devenue un champ de bataille. Vous avez bien lu. Un concert de LFI interdit. Puis autorisé. Par la justice. Et la gauche s’est déchirée comme un vieux drap trop lavé.

Magnifique, non ?

Voilà où on en est. On ne se dispute plus sur le nucléaire, les retraites, ou l’école. Non. On se déchire sur un concert place de la République. Place de la République, vous vous rendez compte ! Le symbole de la République, justement. Celle-là même que la gauche veut défendre — ou dépasser, ou remplacer, on ne sait plus — mais en tout cas, elle y fera un concert. Ou pas.

C’est pathétique. C’est fascinant. C’est la gauche.

Car il faut comprendre le drame. D’un côté, les « purs et durs ». Ceux pour qui toute interdiction est une atteinte aux libertés fondamentales. Le flic est toujours le flic, le préfet toujours le préfet, et l’État toujours l’ennemi. Qu’importe le contexte. Qu’importe les émeutes, les violences, la séquence politique. On ne transige pas avec la fête ! La fête est sacrée ! La fête est révolutionnaire ! Surtout quand elle est organisée par le parti de Jean-Luc Mélenchon, évidemment.

De l’autre côté, les « raisonnables ». Ceux qui sentent le vent. Ceux qui se disent que faire la fête quand le pays brûle, c’est un tout petit peu déplacé. Que la séquence est grave. Que les tensions sont vives. Que peut-être, peut-être, on pourrait faire une exception, une seule, à la grande tradition du rassemblement festif. Pour une fois.

Et entre les deux ? Le grand écart. La schyzophrénie. La gauche au pied du mur… de la Fête de la musique.

On se souvient d’un temps, mes aïeux, où la Fête de la musique n’était pas un test de loyauté politique. On prenait sa guitare, on descendait dans la rue, on chantait faux, on buvait un coup, et tout le monde était content. Le conservateur et l’anarchiste. Le bourgeois et le prolétaire. On faisait la fête, c’est tout. Personne ne demandait à voir votre carte du parti.

Mais ce temps est fini ! Fini ! Aujourd’hui, chaque rassemblement est un marqueur. Chaque concert est une prise de position. « Tu viens au concert de LFI ? » — « Tu n’y vas pas ? » — « Ah, tu es donc un traître à la cause. » C’est cela, la gauche de 2025. Une machine à produire des exclus. Une fabrique à hérétiques. Un dispositif qui transforme une fête populaire en coupe-gorge politique.

On ne chante plus. On milite. On ne danse plus. On manifeste. On ne boit plus un verre entre amis : on s’assemble pour la cause. La Fête de la musique est devenue une AG de section locale. Avec buvette, certes. Mais une AG quand même.

Et le pire ? Le pire, c’est que tout le monde joue le jeu. Les médias, bien sûr, qui commentent l’événement comme s’il s’agissait d’un sommet du G7. Les politiques, qui se positionnent, qui slaloment, qui tentent la fameuse synthèse qui n’existe plus depuis François Mitterrand. Les militants, qui s’écharpent sur Twitter comme si le sort de la planète dépendait du setlist du rappeur invité.

Et pendant ce temps-là, quels sont les vrais sujets ?

L’école ? Ah, on verra après la Fête de la musique.

Les hôpitaux ? On en reparle au prochain congrès.

Le pouvoir d’achat ? Pas le moment, on prépare le concert !

On cherche une gauche qui gouverne. On trouve une gauche qui organise des concerts. On cherche une gauche qui propose. On trouve une gauche qui s’interdit, puis s’autorise, puis se déchire. On cherche une gauche unie. On trouve une gauche qui se divise sur tout, y compris — surtout — sur ce qui ne compte pas.

« La Fête de la musique : dernier refuge des gauches qui ne savent plus quoi faire de leur colère. »

Car c’est bien là le cœur du problème. La gauche n’a plus de projet. Elle n’a plus de leader. Elle n’a plus d’idées. Alors elle se raccroche aux symboles. Un concert devient un programme. Une interdiction devient un combat de liberté. Une place publique devient un champ de bataille idéologique.

On pourrait en rire. On devrait en rire. C’est tellement absurde. Tellement dérisoire. Tellement… français.

Mais il y a quelque chose de triste, aussi. Car derrière ce spectacle navrant, il y a des gens sincères. Des militants qui croient encore que la politique peut changer la vie. Des jeunes qui voient dans ce concert un espoir, une respiration. Et on les réduit à ça. À une querelle de calendrier. À un affrontement entre préfecture et tribunaux. À un débat sur le bien-fondé d’une fête de rue.

Alors oui, la gauche est au pied du mur. Mais pas du mur qu’elle croit. Pas le mur de l’interdiction préfectorale, pas le mur de l’autorisation judiciaire. Le mur de son impuissance. Le mur de son irréléance. Le mur de cette incapacité profonde à parler au pays qui souffre, qui travaille, qui se lève tôt, et qui, franchement, se fout pas mal de savoir si LFI pourra ou ne pourra pas faire son concert du 21 juin.

« Divisez-les sur la fête, et ils ne s’uniront jamais sur le fond. La tactique fonctionne à merveille. »

Pendant que la gauche s’agite sur une scène, les Français regardent ailleurs. Et c’est peut-être ça, la vraie leçon. Ils regardent ailleurs parce qu’ils en ont assez. Assez de cette politique spectacle. Assez de cette gauche qui préfère s’embraser pour un micro plutôt que de réfléchir à la fermeture de l’usine du coin, à l’hôpital qui réduit ses services, à l’école qui n’arrive plus à recruter.

Le 21 juin, il y aura sans doute du monde, place de la République. Ça chantera. Ça dansera. Ça brandira des drapeaux. Et le lendemain ? Le lendemain, la gauche sera toujours divisée. Toujours impuissante. Toujours à chercher un concert pour exister.

La musique, c’est bien joli. Mais gouverner, ça s’apprend. Et pour l’instant, la gauche préfère apprendre le solfège.

***Les journalistes d’EnAlerte.fr utilisent un nom d’emprunt et une image générée par IA pour préserver leur confidentialité et garantir leur liberté d’expression.***
Sophie Morel
Sophie Morel
Sophie Morel, 45 ans, est une commerçante passionnée installée en Bourgogne. Entre ses échanges avec ses clients et ses réflexions personnelles, elle a rejoint EnAlerte.fr pour défendre une France authentique, loin des clichés et des discours simplistes, mais proche des réalités de terrain.

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