Le traité de Versailles, version Trump

Date:

On peut s’interroger, au terme de cette analyse, sur ce que les historiens retiendront de cette page de diplomatie. Retiendront-ils le faste du decor, le clinquant des dorures, la perfection de la mise en scene ? Ou retiendront-ils l’absence de toute concession verifiable de la part d’un regime que l’administration americaine elle-meme qualifiait hier encore de premiere menace pour la securite regionale ? La reponse, on le craint, est deja connue. Les traites de Versailles ont toujours ete, dans l’histoire, le symbole des paix imposees par les vainqueurs. Celui-ci restera peut-etre comme celui ou le vainqueur presume a offert a son adversaire tout ce qu’il demandait sans rien exiger en retour. L’histoire a le sens de l’ironie, et celle-ci est a la hauteur du lieu choisi pour signer ce qui restera, dans les faits, comme une capitulation deguisee.

graph »>Il aura fallu un president americain qui se prend pour le roi Soleil pour qu’enfin le traite de Versailles soit le theatre d’un accord avec l’Iran. Le decorum etait parfait. Les lustres brillaient, les dorures étincelaient sous les projecteurs. Et pendant ce temps, a Teheran, les gardiens de la revolution fetaient une tout autre victoire. Car c’est bien la le cœur du probleme : Trump a gagne la bataille des images, mais sur le fond, c’est l’Iran qui a gagne. Le regime des mollahs sort vivant et renforce de son bras de fer. Les sanctions sont levees. Les fonds degeles. Les revenus petroliers recommencent a couler. Et la question qui fache : qu’ont-ils cede en echange ? Sur le nucleaire, presque rien. Sur les missiles, rien du tout. Sur les proxies regionaux, pas un mot. On cherche en vain ce que les Iraniens ont du abandonner pour obtenir cette manne. On cherche, et on ne trouve pas.

Les elus republicains du Congres, dit-on dans l’entourage de la delegation americaine, ne sont pas dupes de ce spectacle. Ils regardent le texte de l’accord et savent lire entre les lignes. Et ce qu’ils y decouvrent, c’est une capitulation deguisee en triomphe, un abandon presente comme une conquete. Quand les plus fervents soutiens du president commencent a douter ouvertement de la sagesse de ce qui vient d’etre signe, n’est-ce pas le signe le plus evident que quelque chose ne tourne pas rond ? Comment expliquer autrement que ceux qui ont toujours soutenu la maniere forte avec l’Iran observent aujourd’hui ce texte avec un silence si lourd de sens ?

Les elus republicains ne sont pas dupes : ils savent lire un accord. Et ce qu’ils lisent, c’est une capitulation deguisee en triomphe.

Le lieu choisi pour cette signature ajoute a l’ironie de la situation. Versailles, le palais du Roi Soleil, le symbole le plus eclatant de la puissance absolue et de la souverainete sans partage. C’est dans ce decor charge d’histoire que Trump a voulu inscrire son nom. Les traites de Versailles ont scelle par le passe le destin de l’Europe et du monde pour des decennies. On peut se demander, sans etre grand clerc, quel regard les generacions futures porteront sur cet accord signe sous les lustres de la Galerie des Glaces. N’est-il pas troublant de constater que le meme lieu qui a vu la naissance de la puissance americaine en 1783 et l’humiliation de l’Allemagne en 1919 serve aujourd’hui de decor a un accord qui renforce le regime le plus hostile aux interets occidentaux au Moyen-Orient ?

Derriere les discours triomphants et les declarations victorieuses, la verite est d’une simplicite desarmante : Trump voulait un accord coute que coute, pour l’image, pour le show, pour pouvoir dire a sa base qu’il avait reussi la ou ses predecesseurs avaient echoue. Et les Iraniens, negociateurs aguerris par des siecles de confrontations avec les empires, ont attendu patiemment que l’Amerique fatigue, que les positions s’assouplissent, que les conditions deviennent favorables. Ils ont joue la montre, et la montre a travaille pour eux. Le resultat est la, signe, paraphe, solennel, dans le plus beau palais du monde. Pendant ce temps, les allies historiques des Etats-Unis au Moyen-Orient regardent ce precedent avec une inquietude qu’ils peinent a dissimuler. Israel voit son principal ennemi regional renforce par un accord que Washington presente comme une paix. Les monarchies du Golfe observent avec consternation que la garantie americaine peut s’evaporer des que l’hote de la Maison-Blanche a besoin d’une photo pour son album de campagne. Si l’Amerique signe la paix avec ses ennemis en leur offrant tout ce qu’ils reclament sans exiger de garanties verifiables, n’est-il pas legitime de s’interroger sur ce qui reste de sa credibilite et de la valeur de sa parole ? La question est posee. On peut parier que les Iraniens, eux, ne se la posent meme pas : ils connaissent deja la reponse.

***Les journalistes d’EnAlerte.fr utilisent un nom d’emprunt et une image générée par IA pour préserver leur confidentialité et garantir leur liberté d’expression.***
Jeanne Martin
Jeanne Martin
Jeanne Martin, 42 ans, est fonctionnaire en préfecture à Tours. Attachée aux valeurs républicaines et confrontée aux réalités du terrain, elle a rejoint EnAlerte.fr pour donner une voix à ceux qui se sentent oubliés. Avec une plume analytique et engagée, Jeanne écrit pour éclairer les défis sociétaux avec pragmatisme et justesse.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager:

Recevoir nos actualités

spot_img

Les plus lus

Ces articles pourraient aussi vous intéresser
Related

Macron, le médiateur qui n’a jamais existé

Depuis 2019, Macron tente de s'imposer comme médiateur entre Trump et l'Iran. Échec après échec. Chronique ironique des illusions diplomatiques.

De l’X au militant : la nouvelle religion des élites

Des anciens de Polytechnique adoptent les codes du militantisme de campus. Un phénomène qui dit tout du basculement de notre époque.

Royaume-Uni, le laboratoire qui vacille

Le Royaume-Uni de Keir Starmer est submergé par une crise de l'immigration et de la confiance politique. Un laboratoire pour la France.

Réindustrialiser la France, le défi permanent

La réindustrialisation de la France est un défi de long terme. Stabilité, visibilité et constance sont les clés.