Il aura essaye. Oh oui, il aura essaye, et avec quelle obstination, quelle perseverance, quel aveuglement presque touchant. Emmanuel Macron s’est reve en faiseur de paix providentiel entre l’Amerique et l’Iran, en homme providentiel que l’histoire attendait pour reconcilier l’Orient et l’Occident. C’etait en 2019, au G7 de Biarritz, dans ce palace basque ou les grands de ce monde se retrouvent pour discuter du sort de la planete. Trump venait de dechirer l’accord sur le nucleaire iranien. Le monde etait a cran. Et Macron, sur de lui, confiant dans son aura et sa force de persuasion, a fait venir le ministre iranien Zarif a Biarritz pour le presenter a Trump. Deux heures de tete-a-tete dans un salon du palace. Le president francais s’imagine en dealmaker, en artisan de la paix. Mais Zarif n’avait pas de mandat de Teheran pour negocier. Et Trump, qui n’a jamais aime qu’on organise sa diplomatie a sa place, est reparti sans rien signer. Premier echec. Mais Macron ne se decourage pas pour si peu.
Quinze jours plus tard, a l’Assemblee generale de l’ONU a New York, il retente sa chance avec l’entêtement des esprits superieurs qui croient que leur perseverance finira par avoir raison de la realite. Il fait la navette entre le president iranien Rouhani et Donald Trump, dans leurs hotels respectifs a Manhattan, gravissant les etages, multipliant les apartes. Il parie sur un coup de fil historique entre les deux hommes. Mais Rouhani n’a pas le feu vert du guide supreme pour s’engager. Et Trump ecoute ses conseillers les plus durs. Celui qui lui dit sans detour : ne signez rien, les Iraniens vous rouleront. Trump ecoute, recule, ne signe pas. Deuxieme echec.
Alors Macron change de methode. Il envoie son ministre des Affaires etrangeres Le Drian a Washington, porteur d’un nouveau plan plus elabore, plus comprehensif. Cette fois, Trump est pret a signer, vraiment pret. Mais au dernier moment, le meme conseiller revient a la charge et convainc Trump de reculer. Et Rouhani, de son cote, exige que Trump signe le premier. Personne ne veut tendre la main. Le chat et la souris, version nucleaire iranienne, avec Macron en mediateur benevole que personne n’a mandate et que personne ne consulte vraiment.
Personne ne veut tendre la main en premier. Le chat et la souris, version nucleaire. Macron court derriere des signatures qui lui echappent.
Janvier 2020. Le general iranien Soleimani est assassine par une frappe de drone americaine pres de Bagdad. La diplomatie du verbe et des apartes macroniens n’a pas empeche l’escalade militaire la plus spectaculaire de la decennie. Fin de l’histoire, pourrait-on croire, fin des illusions diplomatiques francaises. Mais non. Six ans plus tard, en juin 2026, le voila qui organise en personne la signature de l’accord definitive a Versailles. Il a tout prevu, tout prepare : le decor, les invites, les dorures, les cameras. Le 17 juin a 22h30, Trump et les representants iraniens signent solennellement sous les regards du monde entier. Et Macron regarde la scene, en hote irreprochable et souriant, comme si toute cette histoire etait son oeuvre, sa recompense. On cherche en vain sa signature sur le document.
La verite, derriere les sourires de circonstance, est plus cruelle que le plus cruel des éditoriaux. Macron n’a jamais ete le dealmaker qu’il revait d’etre, l’homme providentiel, le mediateur miraculeux. Il a ete le decorateur en chef, le metteur en scene attitre, le loueur de salles officiel de la Republique. Il a prete Versailles comme on prete un salon pour une reunion de famille a laquelle on n’est pas invite. Les vrais negociateurs etaient ailleurs, dans les coulisses que le president francais n’a jamais pu forcer.
On pourrait en rire, de cette comedie du pouvoir qui a pourtant ses moments de grace involontaire. Il y a quelque chose de touchant, presque de pathétique, dans cette obstination a vouloir exister sur une scene internationale ou personne ne vous attend vraiment. Macron a cherche la lumiere eclatante de Versailles, les lustres de la Galerie des Glaces. Il a trouve la penombre discrete d’un role de figurant sur sa propre photo d’histoire. Le vrai metteur en scene, celui qui a tire les ficelles pendant toutes ces annees sans jamais rien lacher, etait a Teheran, dans un bureau sobre et sans dorures. Et il n’avait pas besoin de Versailles pour gagner. Il avait besoin de patience, de silence, et de la certitude absolue que le temps travaillait pour lui. Pendant que Macron parlait, expliquait, persuadait, les Iraniens attendaient, immobiles et silencieux. Et au bout du compte, ce sont eux qui ont gagne. Sans un mot, sans un geste, sans un sourire pour les cameras. C’est peut-etre cela, la plus grande lecon de toute cette affaire : la parole et le verbe ne suffisent pas. Il faut aussi savoir se taire et attendre.
