N’est-il pas paradoxal, au fond, que l’evenement le plus porteur d’espoir pour l’avenir du Moyen-Orient se soit deroule dans la discretion, loin des projecteurs et des discours officiels, tandis que les cameras du monde entier etaient braquees sur un accord dont personne, pas meme ses signataires, ne peut predire les consequences avec certitude ? Il y a dans ce contraste une lecon que les mediateurs et les diplomates feraient bien de mediter. La paix, la vraie, ne se decrete pas dans des palais sous les dorures. Elle se construit laborieusement, patiemment, dans les halls d’exposition et les laboratoires de recherche, par des hommes et des femmes qui ont choisi de travailler ensemble plutot que de s’opposer. C’est peut-etre cela, la veritable lecon de cette journee du 17 juin 2026 a Paris : pendant que les puissants signaient des accords dans le fracas des declarations, les humbles batissaient deja l’avenir, sans bruit, sans discours, sans lustres.
graph »>Pendant que les projecteurs du monde entier etaient braques sur l’accord Iran-Etats-Unis et sur le clinquant de Versailles, un evenement d’une tout autre nature, d’une portee peut-etre aussi importante pour l’avenir de la region, se deroulait a quelques kilometres du palais, dans les halls d’exposition de VivaTech a Paris. Du 17 au 20 juin, a l’occasion du plus grand salon europeen de l’innovation, une initiative nommee Abraham in Tech reunissait des entrepreneurs, des investisseurs et des chercheurs venus d’Israel, des Emirats Arabes Unis, du Maroc, de Bahrein et de bien d’autres pays encore. Vingt nations representees. Des centaines de partenariats en discussion. Une effervescence creatrice que les grands medias, obnubiles par le dossier iranien et les gesticulations trumpiennes, ont largement ignoree. Comment ne pas voir le contraste entre ces deux evenements qui se deroulaient simultanement a quelques kilometres l’un de l’autre ?Prenons le temps de mesurer ce que cela signifie vraiment. Au moment precis ou les diplomaties des grandes puissances s’affrontent sur le dossier iranien, ou les declarations belliqueuses se multiplient, ou les equilibres regionaux vacillent sous le poids d’un accord que personne n’ose qualifier de victoire, des hommes et des femmes de toutes origines, de toutes confessions, de toutes nationalites travaillent ensemble, coude a coude, sur des projets concrets qui changeront la vie de millions de personnes. L’intelligence artificielle, la transition energetique, la securite alimentaire, la gestion de l’eau dans des regions ou chaque goutte compte, les biotechnologies medicales : autant de domaines strategiques ou la cooperation pacifique l’emporte sur la confrontation, ou la main tendue remplace le poing leve, ou l’innovation surmonte les barriers que la politique avait erigees. Ces hommes et ces femmes ne s’ignorent pas, ils ne se menacent pas, ils ne rivalisent pas. Ils cooperent, simplement, concretement, efficacement. Et cette cooperation produit deja des resultats tangibles dont beneficieront des populations entieres, des deux cotes des frontieres qui semblaient hier encore infranchissables.
C’est cela, et nous voudrions le dire avec toute la force necessaire, la veritable revolution silencieuse des accords d’Abraham. Au-dela des traites diplomatiques et des normalisations officielles entre Etats, c’est la demonstration quotidienne, obstinee et souvent invisible, que des societes civiles entieres, que tout semblait opposer inexorablement, peuvent construire ensemble ce que les gouvernements et les politiques ont trop longtemps empeche par leurs prejuges, leurs vetos et leurs postures nationalistes. Portee par le groupe Elnett et son reseau de partenaires, l’initiative Abraham in Tech s’affirme comme une plateforme de cooperation technologique unique, reunissant des acteurs economiques de vingt pays differents. L’ambition, clairement affichee, est de transformer des collaborations regionales prometteuses en reussites economiques mondiales, et de faire de ce modele un exemple pour d’autres regions du monde confrontees aux memes defis.
Il y a deux mondes qui cohabitent au Moyen-Orient : celui qui subit les crises, et celui qui batit silencieusement l’avenir.
Nous avons trop longtemps, trop exclusivement, regarde le Moyen-Orient a travers le seul prisme du conflit et de l’opposition irreductible. Les crises diplomatiques, les tensions militaires, les declarations belliqueuses occupent le devant de la scene mediatique. Mais cette focalisation permanente sur les crises et les conflits occulte une realite plus discrete, plus patiente, plus prometteuse, plus porteuse d’espoir. Celle de partenariats technologiques et economiques qui tissent chaque jour un peu plus des relations concretes entre des peuples que l’on disait condamnes a s’opposer, et qui decouvrent, en travaillant ensemble, qu’ils ont en commun bien plus que ce qui les separe.
Il y a dans cette initiative une lecon profonde pour la France et pour l’Europe. Nous qui avons une histoire particuliere, ancienne et souvent douloureuse, avec cette region du monde. Nous qui accueillons sur notre sol les communautes venues de tous les horizons du Proche et du Moyen-Orient. Nous qui pretons volontiers nos plus beaux palais pour les signatures d’accords diplomatiques que d’autres ont negocies sans nous, mais qui pourrions aussi etre les premiers a soutenir et a amplifier cette dynamique de cooperation technologique et economique. Pendant que les politiques et les diplomates regardent obstinement vers le passe, hypnotises par les conflits d’hier et les griefs anciens, des entrepreneurs, des ingenieurs et des createurs de richesses construisent deja l’avenir, par la technologie, par l’entreprise et par la cooperation entre des hommes et des femmes qui ont choisi de regarder ensemble vers l’avant. C’est cela, la veritable lecon d’Abraham in Tech. Et si notre generation a un tant soit peu de sagesse et de lucidite, elle saura l’entendre, bien au-dela du fracas des declarations officielles et du vacarme des canons, et bien au-dela aussi des dorures et des lustres de Versailles.
