L’accord qui cache une capitulation

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Nous étions prévenus. Depuis des mois, les alliés des États-Unis au Moyen-Orient regardaient avec une inquiétude croissante les négociations secrètes entre Washington et Téhéran. Les signaux étaient là, pour qui voulait les voir : des émissaires qui voyageaient en catimini, des fuites soigneusement contrôlées dans la presse internationale, un silence inhabituel du Département d’État sur le dossier iranien. L’annonce est tombée le 16 juin : un accord préliminaire entre les États-Unis et l’Iran. Notre première question, la seule qui vaille vraiment, est d’une simplicité biblique : qu’ont obtenu les Iraniens, et qu’ont cédé les Américains ?

Car c’est bien là le cœur du problème, et ce cœur est terriblement vide. Le programme nucléaire iranien, que les inspecteurs de l’AIEA savent capable de produire un arsenal en quelques semaines ? Pas mentionné. L’arsenal balistique, ces missiles Shahab et Emad capables de porter une ogive à plus de deux mille kilomètres et de menacer tout le bassin méditerranéen ? Pas évoqué. Le Hezbollah, cette organisation terroriste qui tient le Liban en coupe réglée avec ses cent cinquante mille roquettes pointées vers le nord d’Israël ? Pas effleuré. Les Houthis qui paralysent la mer Rouge et contraignent le commerce mondial à contourner l’Afrique ? Pas abordé. Les milices pro-iraniennes qui grippent l’Irak et la Syrie ? Pas un mot. Les droits de l’homme, les prisonniers politiques, la liberté de la presse dans un pays qui exécute par centaines ? Silence radio. En échange de ce mur de silences, une levée substantielle des sanctions économiques et une reconnaissance de facto du régime des mollahs comme interlocuteur légitime et respecté.

Nous avons déjà vécu cette histoire, et nous en connaissons la fin tragique. En 2015, le JCPOA — le Plan d’action global commun — promettait solennellement de contenir l’Iran. Ses partisans, de Washington à Paris, nous assuraient que douze années de contrôle international allaient transformer la République islamique en nation pacifique et respectable. Résultat ? L’Iran a continué d’enrichir l’uranium par-delà les limites convenues, a développé ses missiles balistiques en violation flagrante des résolutions successives du Conseil de sécurité, a soutenu ses proxys avec une générosité décuplée par les milliards de dollars dégelés. L’accord n’a pas contenu l’Iran. Il l’a financé, outillé, conforté dans son entreprise hégémonique.

L’accord n’a pas contenu l’Iran. Il l’a financé.

Nous pensions que Donald Trump, qui avait dénoncé le JCPOA avec une vigueur que nous partagions et une conviction que nous approuvions, ferait mieux. Il avait déchiré le texte en 2018, rétabli les sanctions avec un zèle qui forçait le respect, tué le général Qassem Soleimani, le stratège en chef de l’expansion iranienne, et imposé une pression maximale dont nous attendions des résultats. Nous l’applaudissions à chaque étape. Mais voilà que son administration, ou ce qu’il en reste après les retournements de la politique américaine, négocie et signe un nouvel accord qui ressemble à celui qu’il avait tant critiqué, tant vilipendé, tant promis d’enterrer à jamais. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et le même aveuglement conduit aux mêmes désastres annoncés.

Car c’est là le paradoxe insoutenable de cette affaire, le nœud gordien que personne n’ose trancher. L’homme qui avait qualifié le JCPOA de « désastre », d’« erreur historique », de « honte pour la diplomatie américaine » signe aujourd’hui un texte qui en reprend les pires dispositions sans en corriger une seule faille. L’homme qui promettait de ne jamais, au grand jamais, laisser l’Iran disposer d’une arme nucléaire offre au régime des mollahs exactement ce qu’il réclame : une bouffée d’oxygène financier qui le rapproche, concrètement, de cet objectif mortifère. Y a-t-il contradiction plus flagrante, plus désolante, plus tragique entre le discours et l’acte ? Nous cherchons, et nous ne trouvons pas.

Israël, dans cette affaire, se trouve dans une position que l’on peut qualifier d’intenable sans risquer l’exagération. L’État hébreu, que l’on décrit rituellement comme l’allié indéfectible des États-Unis, découvre avec effarement que son protecteur historique est prêt à transiger avec son pire ennemi sans exiger la moindre concession sur les capacités balistiques qui le menacent directement et existentiellement. Les dirigeants iraniens, après tout, ont proclamé des centaines de fois, en persan et en arabe, leur volonté de rayer Israël de la carte. Ce n’est pas une métaphore. Ce n’est pas une posture. C’est une doctrine d’État. Et accord après accord, concession après concession, les mollahs se donnent méthodiquement les moyens de leur ambition.

Israël se trouve dans une position intenable : l’accord ne prévoit aucune limitation des capacités balistiques iraniennes.

C’est la crédibilité même des États-Unis comme garant de la sécurité de leurs alliés qui est en cause, et pas seulement au Moyen-Orient. Si l’Amérique peut signer un accord avec ses ennemis jurés sans même consulter ses amis historiques, sans exiger de garanties pour ceux qui lui ont fait confiance, quel message envoie-t-elle au monde ? Un message glaçant : celui que les alliances sont des chiffons de papier, que les déclarations solennelles de soutien ne valent pas plus que le temps qu’elles mettent à être prononcées, que la realpolitk la plus cynique a définitivement remplacé les principes les plus élémentaires.

Le parallèle historique, pour dérangeant qu’il soit, s’impose malgré nous à l’esprit. Non que l’Iran soit l’Allemagne des années 1930 — tout parallèle a ses limites et nous mesurons la différence des régimes — mais le mécanisme diplomatique est le même dans sa structure tragique : une puissance démocratique, lassée des conflits, pressée d’en finir, cède à un régime agressif et idéologiquement déterminé pour acheter une paix qui se révélera inexorablement illusoire. Les démocraties ont cette faiblesse constitutive : elles veulent croire que leurs adversaires partagent leurs valeurs fondamentales, qu’un accord écrit sera respecté, que la raison finira par triompher. Les régimes théocratiques, eux, ne partagent rien de ces illusions. Ils attendent, ils patientent, ils encaissent les concessions. Et ils frappent quand l’occasion se présente, quand la vigilance se relâche, quand l’opinion publique s’est tournée vers d’autres sujets.

Alors, que faire ? La France, l’Europe, doivent-elles se résigner à ce que d’autres décident pour elles de la sécurité du Moyen-Orient et des approches de la Méditerranée ? Faut-il accepter, les bras croisés, que l’axe du mal soit renfloué par celui-là même qui promettait solennellement de l’asphyxier ? Pouvons-nous rester silencieux quand nos alliés israéliens, mais aussi saoudiens, émiratis, sont livrés à la merci d’un régime dont la seule modération est celle des mots, jamais des actes ?

L’histoire retiendra que le 16 juin 2026, l’Amérique a choisi la facilité plutôt que la fermeté, le court terme plutôt que la stratégie, l’illusion de la paix plutôt que la dure nécessité de la dissuasion. Et que ses alliés, Israël en tête, en paieront le prix, comme ils paient toujours le prix des illusions occidentales.

***Les journalistes d’EnAlerte.fr utilisent un nom d’emprunt et une image générée par IA pour préserver leur confidentialité et garantir leur liberté d’expression.***
Doron Parker
Doron Parker
Doron Parker, 53 ans, vit à Lyon et occupe un poste à responsabilités dans une grande entreprise industrielle. Malgré un emploi du temps chargé, il a fondé EnAlerte.fr pour offrir une plateforme citoyenne où les idées et les opinions peuvent s’exprimer sans crainte de la doxa dominante.

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