Il y a des polémiques qui en disent long sur l’état d’un débat public. Celle qui agite ces derniers jours autour de la dette française et de la responsabilité des plus riches en fait partie. À écouter certains, les « cadeaux aux riches » seraient la cause principale du naufrage des comptes publics. Une antienne bien commode pour éviter de poser les vraies questions.
Je ne suis pas économiste. Mais j’ai lu les chiffres, comme tout le monde. Et ce que j’y vois, c’est une dette qui s’accumule depuis des décennies, sous tous les gouvernements. La crise de 2008, la Covid en 2020, la flambée des prix de l’énergie : à chaque choc, l’État a emprunté. Parfois par nécessité, parfois par facilité.
Pourquoi cette obsession du bouc émissaire ? Pourquoi ce besoin de désigner un coupable plutôt que de regarder la réalité d’un État qui dépense plus qu’il ne gagne depuis trop longtemps ?
« On préfère agiter le spectre de l’injustice fiscale plutôt que de dire aux Français que l’heure est venue de choisir. »
Ce qui me frappe, c’est la manière dont le débat est structuré. D’un côté, ceux qui pointent du doigt les « ultra-riches ». De l’autre, ceux qui défendent une baisse généralisée des impôts. Entre les deux, un espace pour une réflexion nuancée existe-t-il encore ?
Oui, la dette s’est creusée. Oui, certaines niches fiscales profitent aux plus aisés. Oui, l’évasion fiscale est un scandale. Mais non, la totalité de la dette n’est pas due aux « cadeaux aux riches ». Et non, on ne résoudra pas le problème par un simple alourdissement de la fiscalité sur les hauts revenus.
Alors que faire ? D’abord, cesser de faire de la dette un totem ou un tabou. Ensuite, accepter que la question fiscale ne peut pas être déconnectée de la dépense publique. Enfin, reconnaître que le débat sur les « riches » cache souvent des sujets qui fâchent : la productivité, la compétitivité, la démographie, l’avenir du travail.
« Les vrais leviers sont rarement là où on les cherche : ils sont dans l’éducation, dans la recherche, dans la capacité à innover. »
La dette ne se réglera pas par des anathèmes. Elle exigera de la lucidité, du courage et une certaine forme de justice. Celle qui ne consiste pas à punir les riches pour le plaisir, mais à répartir équitablement l’effort nécessaire au redressement du pays.
