Salaire dévoilé, liberté envolée ?

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Voilà donc où nous en sommes. Le grand soir européen n’aura pas lieu dans la rue, mais dans les classeurs Excel des services RH. Bruxelles a parlé : il faut tout dire, tout montrer, tout étaler. Votre salaire ? Affiché. Celui du collègue ? Aussi. Plus de secret, plus de pudeur, plus de liberté. La transparence salariale est devenue le nouveau Graal des technocrates, la dernière lubie d’une Commission européenne qui ne sait plus quoi inventer pour justifier ses 32 000 fonctionnaires.

On l’appelle « directive sur la transparence des rémunérations ». C’est joli, non ? Ça sonne moderne, progressiste, vertueux. Derrière ce nom clinquant se cache une immixtion sans précédent du législateur dans la politique des salaires des entreprises. Une couche supplémentaire de réglementation dans un droit du travail déjà si surencombré qu’il faudrait un GPS pour s’y retrouver.

Mais chut ! Il ne faut pas dire ça. Il ne faut pas rappeler que les entreprises françaises étouffent déjà sous les normes, que la bureaucratie est devenue le premier employeur du pays. Tout ça, c’est du passé. Maintenant, on transgresse, on innove, on émancipe !

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Émanciper les femmes, évidemment. On nous serine que l’écart salarial est une insupportable injustice, un vestige du patriarcat, une preuve que le système est vérolé. Alors Bruxelles, tel un chevalier blanc descendu de son piédestal, vient sauver les travailleuses européennes. Avec un arsenal de mesures : publication des grilles salariales, audits obligatoires, reporting public pour les entreprises de plus de 100 salariés. Et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, des actions en justice facilitées pour celles qui se sentiraient lésées.

« La transparence, c’est comme la vertu : tout le monde est pour. Mais à force de vouloir tout rendre transparent, on finit par ne plus rien voir. »

On se demande juste comment les start-ups et les TPE, déjà noyées sous la paperasse, vont survivre à ce nouveau déluge normatif. Mais c’est un détail. La vertu n’attend pas le nombre des victimes collatérales.

Le plus drôle dans cette histoire, c’est le postulat de départ. Car il repose sur une idée fixe : les femmes seraient payées moins uniquement parce qu’on les discrimine. Pas parce qu’elles choisissent des métiers moins rémunérés, pas parce qu’elles travaillent à temps partiel plus souvent, pas parce qu’elles interrompent leur carrière pour élever leurs enfants. Non, tout ça n’existerait pas. La seule explication valable, ce serait le sexisme de l’employeur.

Alors on légifère. On impose, on contrôle, on menace.

Prenons un exemple. En Belgique, des obligations de transparence existent depuis 2012. Qu’en ont conclu les observateurs ? Que ce genre de dispositif, s’il répond à une attente légitime, peut aussi conduire à une uniformisation des salaires préjudiciable à la performance des entreprises. La transparence a ses vertus, mais aussi ses angles morts. Mais ce genre de nuance n’a jamais arrêté un eurocrate lancé dans sa mission civilisatrice.

« Les entreprises hésiteront à embaucher, les salariés regarderont le salaire du voisin avec un œil nouveau – celui de l’envie et de la comparaison. »

Et si, par hasard, l’égalité salariale était déjà en marche ? Si les jeunes générations étaient déjà sur un pied d’égalité ? Si le vrai problème était ailleurs – dans l’orientation scolaire, dans la conciliation vie professionnelle-vie familiale, dans des choix de vie qui n’appartiennent qu’à chacun ? Mais poser ces questions, c’est déjà être suspect. C’est faire le jeu des « réac », des « masculinistes », des « anti-woke ». Alors on ferme sa gueule et on applique la directive.

Pendant ce temps, la vraie vie continue. Les entreprises hésiteront à embaucher, les salariés regarderont le salaire du voisin avec un œil nouveau – celui de l’envie et de la comparaison. L’ambiance au travail ? On verra plus tard. L’essentiel, c’est la transparence. L’égalité dans le fichier Excel.

Et pendant qu’on s’extasie sur cette avancée sociale majeure, l’économie européenne continue de décrocher face aux États-Unis et à la Chine. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’égalité. L’égalité dans le classeur, l’égalité dans le tableau, l’égalité dans le rapport annuel. On occupe le terrain médiatique avec des combats qui ne dérangent personne, sauf les petites entreprises qui vont devoir engager un comptable supplémentaire pour remplir les nouveaux formulaires.

Alors on appliquera la directive. On remplira les grilles. On organisera les audits. On fera semblant de croire que tout cela rendra le monde meilleur. Et dans dix ans, quand on refera les mêmes études, on constatera que l’écart salarial aura peu bougé, parce qu’il tient à la vie, aux choix et aux circonstances, pas seulement à la loi.

Bravo Bruxelles. Vous avez inventé le nouveau despotisme : celui qui se pare des atours de la vertu.

***Les journalistes d’EnAlerte.fr utilisent un nom d’emprunt et une image générée par IA pour préserver leur confidentialité et garantir leur liberté d’expression.***
Sophie Morel
Sophie Morel
Sophie Morel, 45 ans, est une commerçante passionnée installée en Bourgogne. Entre ses échanges avec ses clients et ses réflexions personnelles, elle a rejoint EnAlerte.fr pour défendre une France authentique, loin des clichés et des discours simplistes, mais proche des réalités de terrain.

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