Versailles : le pouvoir en costume d’apparat
Par Doron Parker
Emmanuel Macron reçoit ce soir Donald Trump à la Galerie des Glaces. Lustres, marbres, dorures. Une mise en scène parfaite pour un président qui a fait du château son salon diplomatique attitré. Vladimir Poutine en 2017, aujourd’hui Trump. Entre-temps, combien de dîners, combien de discours, combien de promesses oubliées dans les couloirs du palais ?
Car Versailles a ceci de cruel qu’il révèle autant qu’il masque. Il révèle l’amour du pouvoir pour son propre décor. Il masque la réalité d’une République qui n’arrive plus à faire respecter ses lois, à protéger ses citoyens, à incarner l’autorité qu’elle affiche. On reçoit le monde entier dans un cadre de rêve, mais le monde entier voit aussi que la maison brûle. Les hôpitaux crient leur détresse, la justice s’asphyxie, l’école vacille. Et l’on parade.
Ce dîneur est un classique de la diplomatie macronienne : impressionner pour contenir. On choisit le décor qui force le respect, l’invité qu’on veut retenir. Car derrière les dorures, il y a une stratégie : fixer Trump au G7 en lui offrant un cadre dont il ne pourra pas s’arracher. On joue la carte de l’élégance pour masquer celle de l’inquiétude.
Quand un pays ne peut plus compter sur ses institutions, il lui reste ses palais.
Nous avons, il faut le dire, un talent certain pour les apparats. Nous savons recevoir, éblouir, impressionner. Mais ce talent devient un piège quand il sert à cacher ce qui ne va pas. Louis XIV, lui, gouvernait par lui-même — il trône d’ailleurs au plafond de la Galerie, en Jupiter, la foudre à la main. Symbole éclatant d’une époque où l’autorité ne se négociait pas. La nôtre, depuis, s’est diluée : un peu à la justice, un peu à l’Europe, un peu aux médias. Chaque fois pour de bonnes raisons. Chaque fois un peu plus. Jusqu’à ce qu’il ne reste que la facade.
Alors oui, le décor est magnifique. Oui, c’est impressionnant. Mais après le dîner, après le G7, après les déclarations, la même question reviendra : qu’avons-nous fait, concrètement, pour que la France soit à la hauteur de ses palais ?
Le costume d’apparat ne fait pas le roi. Et les dorures ne font pas la politique.
Le dîner de ce soir ne sera pas un échec. Il sera même sans doute une réussite diplomatique. Mais l’enjeu, pour la France, n’est pas ce dîner. Il est de savoir si, demain, nous saurons être autre chose qu’un magnifique décor.
